LES COUREUSES D’AUJOURD’HUI…

LES COUREUSES D’AUJOURD’HUI…

Sujet à lire dans son intégralité (et encore mieux imagé)… dans le magazine Jogging international n°393 actuellement en kiosque.

Ma grand-mère ne pouvait pas imaginer courir autrement que derrière les vaches pour les ramener à l’étable, ma mère courait pour s’émanciper dans une société patriarcale, moi je cours tout simplement pour le plaisir de courir, sans avoir l’impression d’être une contestataire !

Pourtant, il y a à peine 50 ans la très grande majorité des coureurs ne pratiquait que dans le cadre de la fédération d’athlétisme et les femmes ne couraient pas plus de 1500m en compétition. Il n’y a que 33 ans seulement que les femmes accédaient pour la première fois au marathon aux JO. Aujourd’hui, courir n’est plus un acte militant ou encadré, c’est devenu tout à fait banal, sans trop exagérer on pourrait même dire que c’est le fait de NE PAS courir qui devient un acte de contestation.

En 1972 la fédération internationale d’athlétisme (IAAF), accordait aux femmes le droit de courir le 1500m en compétition, mais attention pas plus, d’après eux une femme n’était physiologiquement pas faite pour supporter la course à pied et elle risquerait de graves lésions au niveau génital (ouh la grosse menace), les choses n’évolueront qu’au milieu des années 80 !

Mais quand est-il du running version féminine aujourd’hui ? J’ai bien l’impression que les femmes sont correctement représentées dans les pelletons des courses, sur les trottoirs des villes dès le levé du soleil et même sur des Ultra-trails avec leurs baskets, leurs leggings et leurs bandeaux rose et turquoise (mesdames et messieurs les designers, la féminité ne s’exprime pas qu’à travers un code couleur), elles sont prêtent à en découdre avec les kilomètres autant que les hommes et se sentent évidemment aussi légitime qu’eux. Je vous propose de faire un petit tour de piste du running féminin en 2017.

ADIDAS_AllyLOVE2

QUELQUES DATES CLÉS

  • 1960 : Jusqu’à la fin des années 60, les femmes n’ont pas le droit de courir plus de 800 mètres en compétition.
  • 1963 : Bill Bowerman lance le jogging aux Etats-Unis, c’est le début d’un phénomène populaire et anti-sédentaire.
  • 1966 : Bobbi Gibb, une jeune Californienne prend le départ du marathon de Boston sans dossard, elle le courra en 3h21’40’’ sous la protection des hommes qui couraient autour d’elle en lui disant, « tu es sur la voie publique, tu as le droit de courir ». Pourtant Elle devra attendre 1996, pour être enfin récompensé pour son exploit et être reconnue officiellement comme la première femme à avoir couru le marathon de Boston.
  • 1967 l’américaine Kathrine Switzer est exclue du marathon de Boston et radiée de la fédération d’athlétisme pour avoir simplement couru cette course, alors interdite aux femmes. Elle avait pris le départ du marathon inscrit officiellement sous ces initiales K.S, lorsque les organisateurs découvrent sa présence sur la course. Le directeur de la course Jock Semple, l’a poursuivie pour lui arracher son dossard et l’exclure de sa course. On se souvient de cet événement comme le point de départ de la révolte des femmes pour obtenir le droit de courir, Kathrine deviendra l’icône de ce combat.
  • 1970 : Premier marathon de New York organisé dans Central Park, par Fred Lebow, il sortira d’ailleurs le marathon dans les rues de New York dès 1976. Cette première édition comptera 127 coureurs, on est loin des 50000 actuel !
  • 1972 : JO de Munich, les femmes pourront courir le 1500m pour la première fois. Alors que les hommes courent 5000, 10000 et le marathon depuis 1896.
  • 1976 : Kathrine Switzer lance un circuit international de course à pied réservé aux femmes, le circuit Avon, qui organisera plusieurs marathons partout dans le monde dans les années 80 et permettra aux athlètes féminines d’être enfin soutenues et encadrées pour progresser et être enfin prise au sérieux.
  • Années 80 : la médecine du sport n’en était qu’à ses balbutiements. Il n’y avait aucune recherche, seulement des idées préconçues. Elle s’est vraiment développée dans les années 80 quand le sport est devenu un business. On s’est alors rendu compte que les femmes avaient un métabolisme d’oxydation des graisses beaucoup plus performant que celui des hommes. Elles ont plus de masses graisseuses donc plus de réserves que les hommes, on peut donc dire qu’elles sont plus endurantes, alors que pendant des années nous avons pensez le contraire !
  • 1984 : premier marathon féminin aux JO de Los Angeles

Cette première épreuve a été remportée par l’américaine Joan Benoit en 2h24min52sec. On aura également beaucoup parlé de la Suissesse Gabriela Andersen-Shiess, qui atteindra la ligne d’arrivée en titubant complètement déshydratée, le monde entier s’émeu devant le courage de cette coureuse qui bouclera ce marathon malgré le crampes qui lui lacère les jambes. Heureusement pour elle et l’histoire du marathon féminin, 2 heures plus tard elle est rétablis et peut repartir toute seule sur ses jambes.

  • 2017 : plus de 2 millions de coureuses en France, tous les jours les femmes courent librement sans même imaginer qu’elles ont du gagner ce droit ! Aujourd’hui le record sur marathon est de 2h15 détenue par Paula Radcliffe. On a bien progressé !

ADIDAS_UltraBOOST_X_Greater_Every_Run_SS17_Hero_Selects-06_KARI-FTW_IN_ACTION_02

Pierre Morath, illustre bien ce combat pour gagner la liberté de courir dans son film « Free to Run »*, comment il y a peine 50 ans ce sport encore sexiste et uniquement cantonné aux stades dans le cadre des fédé d’athlétisme est devenu une passion universelle que l’on pratique librement dans les rues des villes du monde entier, et actuellement, on peut le dire, autant par les femmes que les hommes.

3D_FREE TO RUN

 

FEMMES DE 2017

La vie des femmes sur bien des plans est loin d’être de tout repos, nous devons encore nous battre pour l’égalité des sexes dans presque tous les domaines de la vie courante, l’égalité salariale, la parité dans les plus hautes sphères de l’état le partage des tâches ménagères, le marketing rose et évidemment sur le plan sportif aussi. Il y a 30 ans Françoise Giroud disait, non sans intention provocatrice  « La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. » Plusieurs exemples nous montre que malheureusement encore aujourd’hui les mentalités peinent à évoluer, quand on voit que lors de nos élections sur 11 candidats au premier tour, seulement 2 sont des femmes ou que lorsqu’une ministre se présente à l’assemblée en robe elle se fait siffler !

Et malgré cela quand il s’agit de course à pied cette activité jadis si masculine, en 2017, la femme n’est plus en reste ! On peut d’ailleurs se poser la question de pourquoi la course à pied est elle une activité si populaire auprès des femmes ?

Comme l’indique à juste titre Pierre Morath, réalisateur du film Free to Run, la course à pied est un sport avec une liberté extrêmement adapté aux femmes, qui ont très souvent un planning bien chargé, c’est une activité simple que l’on peut pratiquer avec très peu d’équipement en un minimum de temps pour des effets remarquables très rapidement. La femme de 2017 doit être sur tous les fronts, et elle doit aussi être LA MIEUX dans son corps, la course est le plus efficace, et bien courrons ! Comme le dit Elsa Toutes en Baskets****, « la course à pied est un sport accessible à tous et à toutes: quelques soient les moyens financiers (équipements de plus en plus abordables), les terrains de jeux (une forêt, une piste, un champs, en ville). Nous sommes libres de courir n’importe où n’importe quand et quand on connait les bienfaits de ce sport on ne peut qu’encourager les femmes à passer le cap et à se lancer dans la course à pied ».
Dominique Scott, coureuse Sud Africaine, 21ième au 10000m aux JO de Rio, « la course à pied est un sport finalement plutôt facile que l’on peut pratiquer tout au long de sa vie, c’est pour ça que la course est un sport si particulier, il s’agit juste de mettre ses baskets et aller courir sans se soucier du reste ».

Nous avons posé cette question à Martine Segalen, ethnologue***, « la force du mouvement, de l’attraction de la course à pied, c’est que l’on peut l’assimiler à une espèce de routine incorporée, un peu comme se brosser les dents, cela peut devenir un vrai mode de vie, nous les femmes ont y trouve un aspect bonheur physique et surtout un aspect sociabilité féminine très important ; dans les vestiaires ou même durant la course, puisque l’on peut discuter en courant, nous pouvons de parler du quotidien tout en faisant notre activité ».

enfants d'Achille et de Nike HD

Je vous invite d’ailleurs à lire son livre hyper intéressant sur la sociologie de la course à pied …

Les courses 100 % Féminine :

Le côté sociabilité semble une des raisons pour lesquelles les courses 100 % féminine ont un tel succès, et pas seulement parce que les femmes ont peur de se frotter aux hommes, non, tout simplement parce qu’elles aiment partager un moment entre copines, c’est d’ailleurs la carte que joue à fond les organisations de ces courses. Un état d’esprit fun, moins porté sur la compétition, on court entre copines et souvent pour une bonne cause.

Il existe des dizaines de courses réservées aux femmes en France, Cécile Bertin**** aujourd’hui ultra-traileuses à elle aussi commencé par une course petit format réservé aux femmes, « le fait d’être avec des copines m’a rassuré et sincèrement ça a été un très bon souvenir. Qu’on organise une course entièrement réservée aux femmes dans les plus grandes villes de France, pourquoi pas, si ça peut les encourager à sauter le pas ».

De mon côté, je me pose encore la question, est-ce que le fait d’organiser des courses exclusivement réservées aux femmes ne renforce pas l’inégalité entre les sexes, as t-on vraiment besoin de course interdite aux hommes pour s’épanouir et faire progresser les mentalités ? Imaginez-vous s’il existait des courses 100 % masculine, le tôlé que cela ferait ! En même temps c’était le cas il y a encore quelques dizaines d’années, on peut au moins se venger un peu…

Cécile Bertin, elle me disait que « Ce qui me dérange le plus ce sont les organisateurs d’événements mixtes qui décident d’organiser un format « débutant » et de le réserver aux femmes, comme si les hommes n’avaient pas le droit de débuter eux aussi ». C’est vrai finalement, nous devons aussi traiter les hommes à l’égal de la femme !

CECILE BERTIN

@CécileBertin 

Mais après avoir discuter avec des pratiquantes et des acteurs du marché, on sent bien que les femmes n’ont plus tellement de complexe d’infériorité vis à vis de l’homme quand il s’agit de course à pied, comme me dit Anais Quemener, championne de France de marathon, « les femmes sont plus déterminées, elles ont plus de mental ! Il n’y a qu’à regarder les 10 derniers kms d’un marathon pour s’en rendre compte, les femmes savent mieux gérer leurs courses, c’est physiologique. Sur un marathon les hommes vont craquer au 30/35eme alors que c’est à ce moment la que les femmes seront bien et qu’elles vont remonter sur un paquet de bonhomme ».

On peut s’accorder à dire que ces courses féminines n’ont pas tant d’adeptes parce qu’elles ont peur de courir avec des hommes mais tout simplement parce qu’elles aiment courir entre elles ! Et vu le succès de ces courses les organisateurs ont encore de belles années devant eux !

 

Calendrier des rendez vous entre nana …

Il existe par loin de 250 courses féminines organisées en France durant l’année ! Donc l’embarras du choix ! Retrouvez les dates et les infos sur les courses féminines en France sur le site Jogging International.net. A l’heure actuelle nous voyons de plus en plus de femmes dans les pelletons des courses mixtes, au semi-marathon de New York 2017, il y avait carrément plus de femmes que d’hommes à l’arrivée ! (19,387 au total dont 9,510 hommes et 9,877 femmes). Kathrine Switzer note que lorsque les hommes et les femmes courent ensemble c’est une belle avancée sociale. Le marché du running féminin est clairement porteur et voit que les marques sont bien décidées à en profiter !

Les femmes un beau potentiel pour les marques de running !

Comme le dit Cécile Bertin « les femmes ont le droit de courir aussi. Maintenant j’ai de plus en plus le sentiment qu’on est en train de découvrir qu’elles sont des consommatrices en puissance et non des sportives en puissance… et qu’on s’adresse plus à leur carte bleue qu’à leurs mollets… »

Antoine Cretenet, Category manager France et Espagne, nous éclaire sur le marché du running féminin : Nous pouvons et analyser le Running en distinguant deux grandes tendances ces dernières années: la pratique et le marché.  D’un point de vue purement de la pratique, on constate que le Running est un sport aussi bien féminin que masculin. La moitié des coureurs déclarés sont des femmes (source = FIFAS), et leurs motivations diffèrent clairement de celles des hommes (apparence physique et confiance en soi pour les femmes / compétition et passion pour les hommes). Elles sont donc moins présentes lorsqu’il s’agit de prendre part à des courses officielles, même si elles prennent un poids de plus en plus important dans ce type d’évènements.  D’un point de vue strictement marché, on se rend compte que le marché féminin pèse pour environ 1/3 du Running global adultes lorsque celui des hommes pèse pour le 2/3 restant. Deux explications sont possibles: les femmes courent moins fréquemment et moins longtemps en moyenne que les hommes, et elles sont, notamment pour celles qui débutent, moins « éduquées » dans leur consommation. Par conséquent, certaines d’entre elles sont susceptibles d’utiliser une paire de chaussure destinée à un autre sport pour leur pratique de course à pied occasionnelle. 

 2017_SS_Highlight_Running_160412_05_0295

On se pose la question de savoir si les marques ne se servent pas de différence morphologique entre l’homme et la femme pour faire vendre plus de produits, puisqu’ils ont compris que les femmes étaient clairement plus « acheteuses » mais en se penchant sur la question on voit qu’il y a réellement des différences entre nos morphologies et qu’adapter les produits permet aux pratiquantes de se sentir mieux dans leurs baskets et donc de se concentrer sur leurs performances.

Il est évident que certains produits comme le textile est facilement adaptable à la morphologie féminine, il s’agit surtout de se pencher sur les coupes, mais quand est-il des chaussures ?

Lorsque par exemple Adidas nous propose des chaussures pour que chacune de sortie soit plus belle que la précédente, vu le prix de la chaussure (180 euros) on est en droit de se demander si elle a réellement un atout spécifique ou elle est juste belle ! Elles ont été testées par des coureuses et surtout elles ont été développées après analyse des données récoltées par le système ARAMIS* qui a étudié le pied des coureuses en action.

J’ai par ailleurs eu l’avis de Dominique Scott, qui elle court avec Adidas depuis maintenant un an et qui a vraiment adopté ce nouveau modèle féminin, l’UltraboostX, a pour elle de véritables spécificités pour le pied féminin notamment le soutien du talon malgré le fait que ce ne soit que du tissu « finies les ampoules qui me tuaient ! ».

(Vous pouvez lire mon test dans le numéro précédent de Jogging, mais pour répondre rapidement à la question, j’aime la sensation de légèreté de la foulée procurée durant la course, donc avec une tige qui s’adapte plutôt bien à mon pied, je peux dire que j’aime beaucoup cette chaussure et que je continuerai à courir avec sur toutes les distances).

 

Mais malgré tout Antoine Cretenet, reste prudent sur l’avenir du running à travers la Femme, La marge de progression concernant le marché du running féminin est assurément importante. C’est cependant le niveau d’implication dans sa pratique qui détermine le budget que l’on y consacre. A ce jour, les hommes, en moyenne, courent plus ou plus souvent que les femmes, mais nous voyons des tendances qui tendent à l’équilibre, notamment aux États-Unis, où la part des femmes au départ des marathons est en constante augmentation (Source = FIFAS).  

 

Avec les évolutions technologiques, il est évident qu’on attend plus qu’un produit identique à ceux des hommes, on souhaite un produit adapté à nos particularités physiologiques, à notre morphologie, des produits conçus pour le corps des femmes et non pour le porte-monnaie des femmes. Que le « rose-washing » et le marketing rose cessent enfin pour laisser place à de vraies propositions, capables d’accompagner les femmes dans toutes leurs performances, et dieu-sait qu’il y en aura !

 

INTERVENANTS INTERVIEWES POUR CET ARTICLE :

Pierre Morath réalisateur et entraineur, ancien athlète de haut niveau.

« Free to run », liberté, égalité, course à pied, un film de Pierre Morath, actuellement disponible en DVD.

Martine Segalen, Professeur émérite, Directeur de la revue Ethnologie Française Université Paris Nanterre

Auteur du livre Les enfants d’Achille et de Nike, éloge de la course à pied ordinaire.

Elsa, du blog Toutes en Baskets, athlètes au club CAA: le Cercle Athlétique Ajaccien, pratiquante depuis plus de 15 ans.

Le blog « un projet qui se fait l’écho de la féminisation du sport et encourage les femmes à faire du sport en général un mode de vie ! »

Cécile Bertin, journaliste et traileuse, pratiquante depuis plus de 10 ans, elle relève des défis de plus en plus fou, rédactrice du blog runfitrun.com.

Dominique Scott, coureuse Sud Africaine, 21ième au 10000m aux JO de Rio, elle est une des ambassadrices de la marque Adidas.

 

ARAMIS * : un système de mesure sans contact et indépendant des matériaux reposant sur une corrélation d’images numériques. Ce sont des Caméras de précisions raccordées à un logiciel qui analyse le mouvement afin d’obtenir des données précises en 3D afin de développer des produits adaptés aux sportifs selon leur pratique.

Author

Follow Us On Instagram @josyrunning